Les Dialogues, Ce N’est Pas Juste Parler — C’est Tout Un Jeu
Les Dialogues, Ce N’est Pas Juste Parler — C’est Tout Un Jeu
Pourquoi je fais ce format court ?
Je fais ces leçons d’acting en une minute pour Instagram, histoire de donner des bases solides et concrètes. Si tu veux voir la leçon complète (5 à 8 minutes selon le sujet), il faut être abonné·e à ma newsletter — le lien est dans ma bio.
Moi c’est Eddy Creuzet, coach d’acteur depuis 2015, et aujourd’hui on continue à bosser sur ce qui est la base du jeu caméra : le scénario. Dans la première leçon, on a vu comment repérer les trois actes, les climax et tracer son chemin émotionnel.
Là, on va plonger dans trois éléments essentiels : les actions, les didascalies (les indications scéniques), et enfin les dialogues.
C’est quoi les actions dans une scène ?
Une action, c’est tout ce qu’un personnage fait ou dit. Elle peut être physique (le corps) ou verbale (le texte).
Les actions doivent être claires pour qu’on comprenne :
- les motivations du personnage,
- son caractère, ses émotions,
- et bien sûr pour aider à la mise en scène.
En anglais, on appelle ça le blocking. C’est tout ce qui concerne le corps, le regard, la caméra, le déplacement dans l’espace.
Et les didascalies, c’est quoi la différence ?
Les
didascalies (ou indications scéniques) sont des infos qu’on trouve surtout dans les scénarios et au théâtre.
Elles décrivent la
mise en scène, les
décors, les
costumes, les
accessoires, les
sons, les
lumières… bref tout le
contexte visuel et sonore d’une scène.
Les actions et les didascalies sont liées, mais :
- les actions sont ce que le personnage fait,
- les didascalies sont le cadre dans lequel il évolue.
Comment repérer le personnage moteur d’une scène ?
Dans une scène, il y a souvent un personnage moteur. Ce n’est pas toujours celui ou celle qui parle en premier.
Pour le repérer, pose-toi ces questions :
- Qui amène l’intrigue ou le conflit ?
- Qui apporte une information nouvelle ?
- Qui fait avancer la scène ?
C’est important de savoir si ton personnage est moteur ou non, parce que ça change ton positionnement de jeu.
Pourquoi je parle des dialogues en dernier ?
Beaucoup d’acteurs — surtout les
débutants — se jettent directement sur leurs
dialogues. Erreur classique.
Ils apprennent le texte trop vite, sans comprendre la scène dans son ensemble.
👉 Avant d’apprendre ton texte, tu dois avoir compris :
- les actions,
- le contexte (didascalies),
- qui est moteur.
Le dialogue n’est pas le point de départ, c’est l’arrivée après tout ce travail.
Comment les scénaristes écrivent un dialogue ?
Quand on écrit un scénario, les dialogues arrivent en dernier. Avant ça, les scénaristes bossent sur :
- les actions,
- les indications scéniques,
- les émotions, les mouvements, la mise en scène.
Pourquoi ? Parce qu’on est dans une
œuvre audiovisuelle : on
montre avant de dire.
Si on explique à voix haute ce qui se voit déjà à l’image, c’est
redondant et inutile.
À quoi sert vraiment un dialogue ?
Un bon dialogue ne sert pas juste à parler. Il doit :
- Révéler les pensées des personnages,
- Porter les émotions, les intentions, les motivations,
- Caractériser les personnages,
- Faire avancer l’intrigue.
En fiction, contrairement au roman, on n’est pas dans la tête des personnages. Le dialogue remplace donc ce qui n’est pas dit. Parfois, on utilise une voix off, mais ce n’est pas une solution magique à tout.
Pourquoi un dialogue doit sonner naturel… mais pas réel ?
Un bon dialogue est naturel, pas réel.
Dans la vraie vie, nos conversations sont pleines de répétitions, de “euh”, de blancs, de parasites. Si on transcrivait une discussion de café mot à mot, ce serait insupportable à écouter dans une fiction.
Donc les dialogues sont écrits, mais doivent sonner à l’oreille comme si c’était de la vraie vie.
👉 Pour ça, les scénaristes lisent leurs textes à voix haute pour vérifier le rythme, la musicalité, la fluidité.
Quel lien entre le langage et le personnage ?
Le langage du personnage doit coller à son monde :
- Populaire → langage populaire.
- Bourgeois → langage soutenu.
- Accent, région, vécu → ça colore son oralité.
Le dialogue porte aussi une tension émotionnelle : il ne dit pas tout, il suggère. C’est là qu’intervient le sous-texte.
C’est quoi le sous-texte ?
Le sous-texte, c’est ce que le personnage veut vraiment dire, en dessous des mots.
Exemple :“Passe-moi le sel.”
- Si le perso est en colère → “Passe-moi le sel, dépêche-toi, tu m’énerves.”
- S’il est amoureux → “Passe-moi le sel, je t’adore.”
Autre exemple : “J’aimerais bien que tu me reconnaisses.” (Jean-Pierre Bacri dans Photo de Famille)
Sous-texte : “J’aimerais que tu me dises je t’aime une dernière fois avant de partir.”
Le sous-texte, c’est ce qui donne de la profondeur et rend ton jeu vivant.
Comment éviter les mauvais dialogues ?
Un mauvais dialogue est souvent :
- Répétitif → on dit ce qu’on a déjà montré.
- Hors-sujet → aucun lien avec ce qui précède.
- Explicatif → on explique ce qu’on devrait montrer.
- Trop littéraire → pas assez oral.
Ton but, en tant qu’acteur ou actrice, c’est de ne jamais isoler ton texte du reste de la scène. Tout est lié : actions, didascalies, dialogues → c’est une boucle vertueuse.
Pour conclure
Un bon
dialogue est
informatif,
émotionnel,
subtil et
ancré dans les actions.
Il révèle les personnages, soutient la mise en scène et laisse de la place au jeu.
- Ne commence jamais par apprendre ton texte. Commence par
comprendre la scène.
Cherche le sous-texte.
Travaille dans le corps et pas que dans la tête.
Et comme toujours : le dialogue ne remplace pas le jeu, il le sert.
À la prochaine pour une nouvelle leçon
En bref
Le dialogue n’est pas une fin en soi
: c’est le résultat d’un vrai travail en amont sur les actions, les didascalies et le sous-texte.
Il doit sonner naturel sans être réel, révéler les émotions et faire avancer l’intrigue. Un acteur ou une actrice ne doit jamais apprendre son texte isolé du reste de la scène.
Tout est lié : action, contexte et parole. C’est ça qui rend un jeu vivant et crédible.
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