Journal intime d’un coach d’acteur : quand le jeu devient imitation
Journal intime d’un coach d’acteur : quand le jeu devient imitation
C’est parti !
Je lance unenouvelle formule. Une
nouvelle vidéo. Un
nouveau contenu. Une
nouvelle idée.
Bienvenue dans monjournal intime de coach.
Ici, je parlesans filtre, sans préparer de plan. Juste mes
pensées, mes
réflexions, mes
anecdotes autour du
métier d’acteur et d’actrice.
Pas de grandes théories. Pas de posture de gourou. Juste moi,coach d’acteur depuis 2015,
réalisateur depuis plus de vingt ans, et mes observations sur ce que je vois tous les jours dans les ateliers et sur les tournages.
Pourquoi je parle de “danger” quand je parle de représentation ?
Le sujet d’aujourd’hui, c’est
le danger de la représentation dans le jeu caméra.
Quand je dis représentation, je parle aussi
d’imitation.
Imiter une émotion. Imiter une posture. Imiter “un personnage”.
Pour moi, c’est
un vrai piège. Et le pire, c’est qu’il se referme
sur l’acteur ou l’actrice sans qu’iel s’en rende compte.
Un acteur en représentation n’est pas dans l’instant présent. Il reproduit une image mentale de ce que “devrait” être une émotion ou une scène. Le jeu devient mécanique. Et surtout : il perd toute sincérité.
Quelles phrases trahissent un jeu d’imitation ?
Il y a des phrases que j’entends souvent et qui me font bondir.
Par exemple :
“Je vais faire le psychopathe.”
“Je le fais comment ?”
Là, je sais que la personne est déjà en train de jouer une idée, pas de vivre une situation.
Dès qu’un comédien ou une comédienne me dit “je vais le faire”, ça me hérisse les oreilles.
Ma réponse est toujours la même :
👉 “Vis-le, mais ne le fais pas.”
Pourquoi ? Parce que
penser “faire”, c’est déjà
s’éloigner de la vérité du moment.
C’est se mettre
en mode représentation au lieu de s’abandonner au rôle.
Et quand l’acteur se réfugie dans l’intellect ?
Autre chose que je vois souvent :
l’intellectualisation.
Au lieu de
ressentir, l’acteur
explique.
Il m’analyse la scène, il me raconte l’histoire… alors que je sais lire un scénario, merci 😄
Ce que je veux entendre, ce n’est pas : “Le personnage fait ci, fait ça…”
Ce que je veux entendre, c’est :
“Ce qu’il ressent. Ce qu’il pense. Ce qui se passe
à l’intérieur.”
En France, on a une
culture scolaire très littéraire.
On apprend à
réciter des textes, rarement à les
interpréter.
J’ai une fille de 15 ans. Et je vois encore des profs qui demandent d’apprendre une poésie
par cœur, sans
incarner les mots. Résultat ? Beaucoup d’acteurs arrivent en formation avec cette
habitude d’intellectualiser au lieu de
vivre le texte.
Pourquoi certaines émotions sont bloquées ?
Il y a aussi
l’acteur ou l’actrice qui ne s’implique pas émotionnellement.
Pas parce qu’iel ne veut pas bien faire. Mais parce qu’iel a des
verrous personnels.
Des exemples, j’en ai des tonnes :
- “Moi, je ne peux pas pleurer.”
- “Je ne me mets jamais en colère.”
- “J’ai soigné ma colère.”
C’est bien d’avoir appris à se maîtriser dans la vie. Mais en jeu caméra, ça
devient une barrière.
Si tout est verrouillé,
rien ne passe à l’image.
Et si rien ne passe, vous tombez dans… la
représentation.
👉 Peu importe la méthode : psy, travail personnel, ou coaching,
il faut affronter ses blocages.
Sinon, vous jouez “autour” de l’émotion. Jamais
dedans.
La pudeur est-elle l’ennemie de l’acteur ?
Oui et non.
La
pudeur dans la vie, c’est sain.
Mais
devant la caméra, c’est un
frein.
Un acteur ou une actrice doit être
impudique dans le jeu.
Pas dans la vie, pas dans la rue — sur le plateau.
C’est le seul espace où on vous demande d’exprimer fort et clairement vos émotions.
La bonne nouvelle : cette
pudeur se dépasse assez vite, surtout chez les débutants.
Parce que quand vous savez que vous êtes
en sécurité, que le cadre est clair et que vous êtes accompagné·e, le corps s’ouvre. Et le jeu devient plus
authentique.
Pourquoi le doute est une force (et pas une faiblesse) ?
Un autre piège, c’est
le manque de doute.
Moi, je considère qu’un acteur ou une actrice, c’est
un·e scientifique.
Et un scientifique
doute toujours. C’est ce qui le pousse à expérimenter, à chercher, à se tromper, à recommencer.
Pas de doute = pas de recherche = jeu figé.
Mais attention, il y a un équilibre.
Trop de doute, c’est la paralysie.
Pas assez de doute, c’est l’arrogance.
Le bon curseur, c’est celui qui vous
fait questionner, pas celui qui vous
bloque.
Même un acteur expérimenté
repart à zéro à chaque rôle.
Jean-Pierre Bacri le disait : même après des années de carrière, il faisait encore des
essais pour voir s’il était capable de jouer un rôle. Parce que le
personnage est toujours nouveau.
Comment éviter de tomber dans la représentation ?
👉
Travailler en amont.
Apprenez votre texte, explorez les émotions, analysez la structure du scénario, comprenez le cheminement de votre personnage.
👉
Préparez-vous émotionnellement.
Pas pour “faire bien”, mais pour
pouvoir lâcher prise le jour J.
👉
Faites confiance.
À votre préparation, à vos partenaires, à votre coach, à votre instinct.
Le mot
“Action” ne veut pas dire “réfléchis”.
Il veut dire “vis”.
Et surtout :
n’ayez pas peur.
J’entends trop souvent “J’ai peur d’en faire trop.” “J’ai peur de surjouer.”
La peur est un frein. Le risque, lui, est une force.
Et si on résumait ?
- Représentation = piège.
- Faire = imitation. Vivre = vérité.
- Intellectualiser = bloquer. Ressentir = libérer.
- Pudeur et blocages = obstacles à dépasser.
- Doute = moteur de recherche.
- Préparation = clé pour être libre sur le plateau.
👉 Le
jeu d’acteur demande une sincérité
radicale et une
spontanéité totale.
Regardez des films qui vous inspirent.
Faites des stages, des ateliers.
Jouez. Improvisez. Explorez. Tombez. Relevez-vous. Et recommencez.
C’est ça, le métier.
Merci à celles et ceux qui sont restés jusqu’au bout.
Si vous avez lu tout ça, c’est que vous avez un peu de temps devant vous — ou que vous êtes passionné·e 😄
Dans les deux cas, bravo.
À très vite pour le prochain épisode de mon journal intime de coach.
En bref
La représentation dans le jeu caméra est un vrai piège : dès qu’on “fait” au lieu de vivre,
on perd la sincérité. Beaucoup d’acteurs tombent dedans
en intellectualisant trop, en gardant leurs blocages émotionnels ou en manquant de doute. Pour éviter ça :
préparez-vous en amont,
dépassez votre pudeur, faites confiance à votre instinct et osez prendre des risques. Le mot d’ordre :
ressentir plutôt que faire.
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